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Street-Art, Héraclite et La Morale

Pour cette dernière Nuit Blanche, j’ai contribué à une performance internationale. L’organisateur, l’impondérable 3615, voulait présenter une pluralité de langues, donc j’ai été choisi évidemment à cause de mes récitation de Catulle en latin. J’ai eu l’honneur d’accompagner les artistes sud-américaine, suédoise, russe, italienne et française. Une véritable rencontre des cultures, fait rare dans un monde de plus en plus cloisonné.

Cela n’était pas la seule singularité de l’événement pour moi. Il a eu lieu sous un chapiteau, qui s’intitule “La Forêt Escargot”. Ceci n’était pas un cirque, mais un lieu où se réunissent plus de 25 œuvres d’artistes actuels, une exposition photographiques et un endroit pour se rafraîchir, organisé par l’association Inzouk Asso. Le chapiteau est approximativement large de 30m et haut de 10m. Il est aussi, à l’évidence, transportable ; cette soirée se trouvait à Malakoff, sud de Paris, juste à côte de la Scène Nationale, tandis que la dernière fois que j’ai visité la Forêt Escargot, il y a six mois et juste avant le confinement, nous nous sommes retrouvés dans un tout autre endroit, non loin des Grands Voisins, à Denfert Rochereau, Paris 14ème.

Ainsi ai-je ressenti une toute nouvelle expérience : celle d’avoir été deux fois dans le même lieu, contrairement à la hypothèse d’Héraclite. Dans cet enclos fermé de voûtes vertes, je me rappelais des œuvres, même si j’ignorais leur placement exacte. Cependant, j’ai dû prendre un autre chemin (ligne 1 puis ligne 13) pour y arriver et le sol était celui d’une place publique moderne, non celui d’un parking raboteux avec quelques arbres ici et là comme la dernière fois.

Cela m’a fait penser à la situation actuelle autour de nous, parce que la dernière fois que je me trouvais sous ce chapiteau fut avant le confinement en mars. Si donc j’étais dans le même lieu, n’étais-je pas aussi dans le même moment ? Vu que le gouvernement venait de décréter le même week-end de cette exposition que Paris et la petite couronne, ainsi qu’une poignée d’autres grandes villes, allaient être contraints de fermer les bars, les piscines, interdire les rassemblements, hormis les manifestations, réduire le nombre d’élèves dans les classes, et tout cela seulement pour deux semaines… Le confinement a dû s’imposer pendant deux semaines aussi, non ? (NB nous sommes maintenant en plein confinement).

Nous voilà donc dans un monde qui se répète sans fin, et où la communication est brouillée, suspecte, remplie de mauvaise fois. Et où l’art qui est produit doit être porteur d’un message. Les œuvres de cette exhibition sont, et je le dis très clairement, d’une originalité rafraichissante – beaucoup d’entre elles sont construites à partir de la récupération et du recyclage. Et ils sont des images et des idées impressionnantes, importantes, imposantes. Et c’est beau de voir le street art de cette manière.

Cependant, j’aurais voulu un peu moins de morale dans la description des œuvres sur les plaquettes. Presque chaque fois, l’artiste se tient à nous expliquer le message qu’il a voulu transmettre en faisant ceci, en faisant cela, compte tenu de la nécessité de ces messages partagés – l’écologie, la pauvreté, la concertation marine. Même la seule description qui prétendant ne pas en avoir un message en avait un – justement qu’il n’y avait pas de message. Oh là là – moi, en tant que publique, je ne cherche pas un message, mais un effet. Une fois l’art est expliqué, la magie disparaît.

Si vous faites de l’art brut, créez un effet, et pas un message. Le week-end auparavant j’ai été allé voir l’exposition du surréaliste Victor Brauner. D’après ce que j’ai vu, il ne voulait nous transmettre aucune morale, pour peu que les œuvres surréalistes sont même interprétables. Il y avait des formes, compositions, images obscures et bizarres – mais aucune leçon.

Nous ne vivons plus dans le monde d’antan, où la distinction entre les domaines de la société ses faisait plus précisément. Le street-art de la Forêt Escargot, qui lui est propre, se réclame plus activiste et s’engage à donner une leçon sur la vie, d’autant plus que les sujets qu’ils revendiquent vont à l’essential de l’existence au 21ème siècle – l’écologie et la terre-mère, la durabilité, la (dé-)croissance, la pollutions de l’air et de l’eau, ainsi que les luttes sociales, toujours en cours, la violence policière, l’indifférence à l’harcèlement sexuel, les milieux LGBT.

En faisant un tel art, est-ce que les artistes espèrent changer le monde ? Ou plutôt répandre la conscience de ces réalités difficiles de notre société ? A mon avais, au contraire, plus il y a de messages, moins on écoute. Quand on répète à chaque fois une leçon, on cesse d’entendre : il nous faut quelque chose de nouveau pour arrêter le cercle vicieux de notre système si nocif au monde naturel.

Arrêtez donc de faire passer la morale, comme une maîtresse sévère. Si elle continue en boucle, nous finirons tous et toutes par tourner en rond.

Liste des artistes non-exhaustive

Snez, Bojan, Djalouz, Sly2, Photograffée, Mosko. Reaone. Alex Perret, Shaka, Vinie X Antifaktory, Swar, Doudou’style X Shou, Anis, Mademoiselle Maurice, Wayne, FKDL, Nosbé, Iza Zaro, Titifromparis, Lapin Mutant, Remi Cierco

Victor Brauner: What happened to the Surrealists?

When I think of Surrealism, I think of an art movement confined to the period between the Two World Wars, l’entre-deux-guerres, as the French retrospectively and neatly call it. It is in such a mad period that this liberty of expression, this explosion of perspective, colour and form, this unbridled licence of art, can flourish, because indeed the societies that bred the Surrealists were undergoing such oscillations themselves.

When I visited the exhibition on Victor Brauner at the Musée d’Art Moderne, I was intrigued to learn that in 1940, the Surrealist troupe left Paris for the South of France from where they would make for the USA. You can imagine the scene at Nice airport (or more probably the port of Marseilles) of a group of flamboyant, tortured oddballs arriving en masse with their runny clocks and folded bits of paper to flee France. Except Victor Brauner, the Jewish Romanian artist who had met André Breton in 1933 and who would be expelled from the movement in 1948. He remained in hiding for the war years. He would be waiting for the others in Paris when they eventually returned.

The exhibition is titled ‘Je suis l’inspiration, je suis le rêve’ and the Gallery has translated this as ‘I am the inspiration, I am the dream’. But, if you will indulge me, it can also be translated as ‘I follow inspiration, I follow the dream’. The exhibition is keen to point out a singular fact about the artist’s life: in 1938, he lost an eye in a fight with a fellow artist. In 1931, however, he had painted a self-portrait where his right eye is missing. This was to confirm for the Surrealists the almost supernatural power of art to dictate life. Therefore, in losing an eye, Victor Brauner ‘followed’ the inspiration from several years before, by ‘being’ the dream.

His early work is typically early 1920s; his drawings show great skill and also a propensity for the sexually imaginative. It is his arrival in Paris in 1925 that leads to the more concentrated artistic form. In English, the titles for the two periods preceding the war are “The Shock of Surrealism” (1925-1932) and”The Surrealist Adventure” (1933-1939). Across this period, he paints three styles of Surrealism: the first is the universal mysterious, the vast expanses peppered with cabalistic obscurity, as seen in ‘Sur les lieux’ or ‘Paysage méditerranéen’. The second is the pink and green eroticism, seen in a flurry of dangling legs and watching, singular eyes, like in ‘Trio’ or ‘Adrianopole’. The final is the political and the satirical which laughs at dictators, who will always be the mainstay of Surrealist expression: Brauner’s ‘L’Etrange Cas de M K’ is obscene and mocking; his ‘Morphologie de l’homme’, 64 interpretations of a uniformed leader, is reminiscent of Jarry’s Ubu.

As was mentioned, Brauner had to go into hiding during the Second World War and it is here that his creativity, or his inventiveness, is put to the test. For example, in the work ‘L’Image du réel incréé,’ he uses wax, flint, string, ink, paper, wood and glass. In fact, most of his work during this period is made out of materials that he would have had to hand, far removed geographically and temporally from Sennelier, Dubois, Rougier et Plé. Wax, in particular, is something that will stay with him after the war. But his art at the time, from what I could understand, also served a functional, if not superstitious, purpose: in his hiding, such pieces as ‘Minotaure’ or ‘Homme idéal’ were supposed to protect him and his abode during his hiding. The fact that he survived may be another proof that he truly followed inspiration. Or the other way around.

It was also during the war that the ‘Congloméros’ was conceived. A porte-manteau of the words ‘conglomérat’ and ‘éros’, it is a statue of three conjoined human (or other) forms. Imagine the body of a woman. Now imagine two male bodies beside her. Now connect them to the head of the woman somehow. This is one of the statues that is presented in the exhibition. ‘La Palladiste’, a kind of Masonic servant of Lucifer, is a variation on this last model, but in painted form. I don’t know what to make of this kind of work, all the more because my girlfriend said that it shows that male artists don’t understand women’s bodies, and so instead ‘raise’ them to the mythical symbolism of life-giving, fertility-bringing, peace-harbouring goddesses, which is problematic.

This mysticism, and search for ancient signs followed him after the war, when in 1945 he moved into Douanier Rousseau’s old atelier. Of course, on the canvas, mysticism was ‘replaced’ by psychoanalysis which led to interpretations of the relationship with his mother and other internal wanderings, as seen in ‘Rencontre avec moi-même avec quatre chats du monde’ in 1948 and ‘Onomatomanie’ a year later.

Something else that developed after the war was his use of wax in his paintings, and something that greatly aided this was the use of paint in his waxworks, as seen in ‘Ceci fut l’histoire d’un poète de Sargimegetusa’. It continued to be a major technique also and appeared in, among others and beyond, ‘Egotropisme’ in 1954.

But then, what happened in the 1960s? The world had become too neat and orderly, and commercial, for Surrealism to flourish. It was no longer the time to go searching for inspiration or the dream in the inner recesses of one’s mind; the world was far too external and vain, and had seen enough, was bored, and Warhol and the other Popists were to take over. Brauner’s later work, while highly skilled and technically perfect, seemed dull and unoriginal.

This said, if he was still ‘the inspiration and the dream’, maybe he was a reflection of that time. In today’s world, are we to be the dream, or merely follow it?